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Vous parler de ma fausse couche…

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Suite à l’échec de ma première stim’ post drilling, la déception a été immense. Je suis d’un naturel battant. C’est rare que les coups me portent à terre très longtemps. C’est pourquoi après une soirée morose lundi (avec pourtant la belle association Leffe/clope qui d’habitude me rebooste),  ça allait déjà beaucoup mieux le lendemain. Néanmoins, je me rends compte que même si j’affiche un beau sourire, j’ai quand même le coeur qui s’est fissuré encore un peu plus. Malgré ma vie à 100 à l’heure (plein de boulot, mon mariage à préparer, la course à pied, etc. ), je trouve toujours le moyen d’avoir mes pensées centrées sur la PMA et mes échecs qui n’en terminent pas. Cet état de morosité intérieur m’a fait ressasser de vieux souvenirs douloureux. Par là je pense à ma fausse couche. J’en ai très peu parlé autour de moi car à l’époque tout a été très vite. Et j’ai été éduqué comme ça : quand tu as mal, tu le gardes pour toi. Et c’est un événement si banal, je ne voyais pas l’intérêt d’en parler autour de moi. Et puis si c’était pour qu’on me dise : « ha mais tu sais, ça arrive dans 25% des cas, c’est tellement courant ». Je n’avais SURTOUT pas envie d’entendre ça. OUI, une fausse couche c’est banal, mais ça n’empêche que ça fait mal. Ca n’empêche que lorsque ça arrive on a envie d’avoir de la compassion de la part de son entourage. Dédramatiser fait passer cette épreuve pour insignifiante alors que NON ce n’est pas insignifiant. C’est pour ça qu’aujourd’hui je veux en parler. Parce que ce n’est pas un événement insignifiant et que ce n’est pas parce que c’est banal que ce n’est pas grave. Cette fausse couche a eu des conséquences dramatiques sur mon couple, c’est pour ça que je ne veux pas le garder pour moi plus longtemps et extérioriser ça maintenant… C’était il y a 4 ans…

L’idée d’avoir des enfants me turlupinait depuis l’obtention de mon concours et mon entrée dans la vie active. Cela faisait 5 ans que Flonflon et moi filions le parfait amour quand j’ai commencé à le harceler lui en parler. Lui n’était pas près. J’avais 24 ans, lui 27. Il voulait continuer les voyages, l’insouciance. On venait d’emménager dans une région où on ne connaissait personne. A part mon nouveau boulot et lui, je n’avais rien. J’étais en manque de vie sociale, d’amis, de projets. Alors, sans m’en rendre compte, j’ai transformé ce désir d’enfant en obsession. En 2010, il m’a enfin dit « oui ». Après l’analyse de tous ces événements, je pense qu’il a senti que je m’éloignais et a dit « oui » pour qu’on se rapproche à nouveau. Bref, tout à fait les bonnes raisons pour avoir des enfants quoi ! J’ai arrêté la pilule tout en continuant de se protéger pour repérer mes cycles. Je suis restée 5 mois sans avoir mes règles, j’ai consulté, vécu ma première écho endochattale et le verdict OPK est tombé. Ca ne nous a pas perturbé plus que ça car le médecin (Dr Zarbe pour ne pas le nommer) nous a assuré qu’avec un petit coup de pouce je serai vite enceinte. Deux mois après, en octobre 2010 je commençais un cycle sous clomid. A cette période, rien ne va plus entre Flonflon et moi. C’est très tendu : il est beaucoup en déplacements, tarde à faire le spermo que le médecin lui a prescrit, ne se sent pas concerné par le traitement que je prends, me fait des crises de jalousie, et j’en passe. De mon côté je suis obnubilée par mon désir d’enfant, je suis très froide avec lui, je m’éloigne inconsciemment et vit cela toute seule. Je n’en parle à personne. Vient le moment de faire le test de grossesse. Moi qui suis obsédée par ce désir depuis 2 ans, au moment de lire le résultat, je prie pour qu’il soit…négatif (je ne l’ai avoué à personne jusque là). C’est à ce moment là, avant de lire le résultat, que je me rend compte que quelque chose ne va pas, que mon couple va mal, très mal, qu’on s’est mis des œillères et que l’on a enfoui nos soucis bien profondément en se jetant dans ce projet d’enfant.

Le test est positif. Je file faire ma prise de sang, j’achète un autre test pour être sûre. Oui oui c’est positif. Je culpabilise des sentiments ressentis à la découverte du test. Je me convaincs que c’est une bonne nouvelle. Le soir même je l’annonce à Flonflon avec un livre pour être un « super papa ».  Nous sommes contents, on se retrouve un peu, on avance, on se projette.

Une semaine pile poil après le +++, je suis au boulot quand je commence à perdre du sang légèrement. Bizarrement, je ne m’inquiète pas trop. C’est vraiment infime et ça ne ressemble pas à du sang. En rentrant chez moi le soir, je passe vite fait à la pharmacie pour avoir leur avis. La pharmacienne me dit qu’elle préfère que je vois un médecin. Je file chez un médecin qui n’est pas le mien, et entre deux rendez vous je lui explique la raison de ma venue. Elle me dit qu’il vaudrait mieux que j’aille aux urgences (il est 18h30) pour vérifier car ça pourrait être une fausse couche. Entendre ces mots me font monter les larmes et battre mon cœur à 1000 à l’heure. Je rentre chez moi, essaye d’appeler Flonflon qui finit par arriver. Il m’emmène aux urgences gynécologiques. Après avoir patientés 20 minutes en salle d’attente avec une femme qui était prête d’accoucher, une interne vient me chercher. Elle me fait une écho endochattale mais ne voit rien. Elle me demander d’aller vider ma vessie mais ne voit toujours rien après ça. Elle me dit de me rhabiller, elle va appeler le chef de service pour faire l’écho. Elle nous emmène dans une autre pièce où on attend patiemment le médecin. La porte s’ouvre et un grand homme en blouse blanche entre comme une furie en bougonnant. Je ne comprends pas ce qu’il dit. Sur le coup j’ai même eu l’impression qu’il faisait semblant de râler (genre, tu vois, le médecin qui essaye de dédramatiser). Que nenni. Il me regarde et me dit :

« Nan mais vous croyez que les médecins sont corvéables à souhait ou quoi ? Déshabillez vous et montez sur la table ».

Je suis tellement stupéfaite, abasourdie que j’obéis en sentant les larmes monter. Une parole de plus et je sens que je vais exploser en sanglots. L’interne et Flonflon restent comme deux ronds de flan. Ce sont les seules paroles qu’il m’adressera.

Je monte sur la table et le docteur qu’on appelera Dr Konar, m’enfonce (c’est bien le terme quand on introduit un god le plus profond possible dans une patiente ?) la sonde. Je suis à poil devant Flonflon sans drap, sans rien. S’il me restait un peu de dignité, je l’ai perdu ce jour là. Le Dr Konar appuie tellement fort que j’ai mal. Je n’y tiens plus, j’éclate en sanglots. Il farfouille là dedans, dit qu’il ne voit rien (je suis enceinte de 3 semaines à ce moment là). Il continue de bougonner. Je vois l’interne et Flonflon qui ont les larmes aux yeux de me voir traitée de la sorte. Puis il enlève tout, se lève, s’approche de l’interne et lui parle sèchement. Puis il se casse. Pendant les 10 minutes qu’aura duré la consultation, pas une once d’humanité dans son regard, ses paroles ou ses gestes. Il est parti sans RIEN me dire alors que j’étais effondrée. L’interne m’explique alors qu’on va me garder en observation pendant un ou deux jours. Il y a deux possibilités : soit c’est une fausse couche, soit une GEU, soit une fausse alerte. Comme j’habite à 20 km de l’hôpital il préfère que je reste hospitalisée au cas où il s’agirait d’une GEU. L’interne nous accompagne à l’étage où je vais passer les deux prochains jours. Je continue de pleurer toutes les larmes de mon corps. Elle est gentille et me rassure dans l’ascenseur, me dit qu’il est comme ça avec tout le monde. Quelques heures après, j’étais dans ma chambre que je devais partager avec quelqu’un, sans aucune affaire à moi.

Je suis donc restée 2 jours à l’hôpital où mon taux de hcg a baissé. La fausse couche précoce a été diagnostiquée.

Au delà de la fausse où je n’ai rien senti physiquement, j’ai été lourdement blessée et meurtrie par ce séjour à l’hôpital. Nan mais sérieux, comment peut-on traiter des gens de la sorte ?! J’ai été en colère contre ce médecin, contre  l’interne qui n’a pas bougé, contre Flonflon qui n’a pas protesté alors que j’étais à poil, une sonde dans le vagin, en train de pleurer. Bref, une image que j’aimerais oublier à tout jamais.

Suite à cette fausse couche tout s’est enchainé très vite…

Je me suis enfermée : enfermée dans ma douleur, incapable d’en parler à qui que ce soit. J’ai littéralement « zappé » cet épisode, comme s’il n’avait jamais existé. Dès que quelqu’un abordait le sujet, je changeais de conversation.

J’ai fui : fui ma moitié, fui ma maison, fui cette vie.

Durant les deux mois qui ont suivi ce séjour à l’hôpital, c’est comme si j’étais spectatrice de ma vie. Je me voyais tout foutre en l’air, mais rien, pas une larme coulait. J’ai beaucoup pleuré à l’hôpital, puis de retour dans ma vie, fini. Je voyais Flonflon malheureux, qui essayait de me faire parler, qui essayait de me convaincre d’aller faire une psychothérapie de couple, qui me promettais monts et merveilles. Et moi, tout ça me rendait de plus en plus froide et distante. J’ai fini par reprendre la pilule. J’ai fini par partir.

Nous avons fait une pause d’à peine un an. Nous aurions certainement pu gérer cette crise autrement, mais à cet instant « T » c’était la seule solution. Cette année a été difficile mais putain qu’est ce qu’elle nous a fait du bien ! Je vous épargne les détails, mais quand nous nous sommes retrouvés nous étions tous les deux sereins et apaisés. Quand nous avons décidé de retourner en PMA, c’était une décision collégiale et réfléchie. Nous étions prêts à braver les éléments, nous nous sentions forts et notre couple plus solide que jamais. Et la clé de tout ? La communication. J’ai appris à me livrer, à exprimer mes malaises, à ne pas avoir honte de ce que je ressens. Et malgré tous ces échecs depuis bientôt 3 ans, malgré les médecins froids, malgré l’entourage et leurs boulettes, malgré les naissances et les annonces de grossesse qui pleuvent, malgré tout cela, notre couple est resté fort et uni.

J’essaie de voir le positif de chaque épreuve de la vie : si je n’avais pas fait de fausse couche, on n’aurait pas pu mettre toutes ces choses à plat ; on ne se serait pas remis en question ; notre enfant aurait très certainement eu des parents séparés.

Aujourd’hui je peux dire que je suis heureuse. Heureuse car quoi qu’il arrive je ne suis pas seule pour affronter ces épreuves. Nous vivons cette odyssée à deux et peu importe les péripéties, je suis persuadée que l’épilogue (à deux ou plus) sera… radieux.

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